Ou comment ne pas répondre à un problème par une loi.

Je viens de recevoir un mail de Fred, qui reprend une lettre ouverte de la FEPPIA. Fred est un pote qui depuis longtemps agit en électron libre indépendant au sein du marché de la musique (vente/location de CDs, organisation de concerts, production d’albums, gestion de groupes,…) et la sincérité de son implication n’est pas à remettre en cause.

A l’occasion de repas ou d’apéros nous avons souvent des discussions passionnées sur de nombreux sujets, et malgré notre amitié, nos points de vue divergent de temps à autres.

Concernant la loi Hadopi, je suis tout à fait d’accord avec lui sur le fait qu’elle ne répond pas au problème du téléchargement illégal par une solution adaptée. Le lobbying des majors et des FAI à transformé l’intention première de cette loi en un grand n’importe quoi où l’on se demande bien qui seront les bénéficiaires finaux.

Mais reprenons le problème à la base.

Avec la démocratisation de l’informatique, de nouvelles pratiques on vu le jour. Parmi elles, l’écoute de musique et le visionnage de vidéo directement sur l’ordinateur. Les capacités de stockage de ceux-ci étant limitées, des algorythmes de compression ont été créés, souvent par des programmeurs indépendants (mp3, Divx,…), pour permettre d’installer plus de contenu dans les espaces limités de nos disques durs… Les utilisateurs ont donc commencé par encoder leur propre CDthèque et vidéothèque pour les rendre utilisable et transportable facilement. Puis, leur forme réduite facilitant la chose, l’échange, comme à l’époque de la bonne vieille cassette, s’est installé entre les utilisateurs.
Internet permet cet échange de manière encore plus facile et rapide, c’est donc tout naturellement que le réseau à servi de média pour ces partages. Napster, Audiogalaxy,… ont pris le train en marche, et ont mondialisé et tenté de monétiser ce qui n’était à l’époque que des échanges au sein de réseaux sociaux, souvent limités au cercle amical et familial.
Parallélement, les lecteurs MP3 portatifs ont envahi le marché.
A cet instant précis les majors, les labels, n’ont pas vu le vent tourner. Ils se sont accroché à leurs produits physiques, cherchant obstinément à matérialiser ce qui, dans l’esprit des usagers n’avait plus lieu de l’être. Quand vous achetez un baladeur MP3, vous n’avez pas forcément envie de passer du temps à encoder vos nouveaux CD pour les charger…
Seul Apple a su négocier ce virage. Pourtant la société n’était pas du tout actrice de ce marché, mais elle a vu le vent tourner avant les autres et a su proposer le contenant (iPod, iPhone) et le contenu légal pour le remplir (iTunes Music Store). 75 millions d’acheteurs ont déjà nourri leur iPod grâce à leurs achats sur le site. Le nombre de morceaux achetés et téléchargées à largement dépassé les 5 milliards, soit plus de 60 morceux en moyenne par acheteurs 8O
Je suis un pirate.
Mais un pirate raisonnable. J’ai à l’époque utilisé Napster et certains de ces descendants. Aujourd’hui que des alternatives légales existent je les utilise. Je cherche en priorité sur iTunes (parce que je suis sur Mac et que les autres plateformes ont utilisées les DRM Microsoft, incompatibles avec le Mac) si je trouve ce que je cherche, je l’achète. Dans le cas contraire je GOOGLEise : on trouve tout avec Google !
Google est certainement le plus gros pourvoyeur de liens vers des fichiers piratés… loin devant PirateBay ;)
Pour en revenir à HADOPI et au courrier de Fred (je vous invite pour comprendre à le lire à cette adresse) je ne suis pas d’accord avec certain points de vue. Pour faire l’analogie avec ma propre expérience, lorsque je suis rentré dans l’imprimerie c’est grâce à l’informatique. Les anciens typographes, voyaient leur métier gagné par la révolution numérique et la fonte de plomb était peu à peu remplacée par des ordinateurs avec lesquels on composait le texte qui était ensuite imprimé (en postscript) sur des imprimantes à film (des flasheuses) avant d’être monté à la main pour être insolé sur des plaques. C’est tout un pan de l’histoire de l’imprimerie qui disparaissait, le traditionnel, pour laisser la place à un nouveau, le numérique.
Mon collègue de l’époque, Dédé, bien qu’assez proche de la retraite, avait franchi le pas et s’était équipé d’un Mac hors de prix, il avait passé les années d’activité qui lui restaient à se régaler des possibilités de ces nouvelles machines, et, aujourd’hui à la retraite, c’est encore le Mac qui lui tient l’esprit éveillé…

Le métiers de la musique subit le même sort. Pour les artistes, cela ne change rien, sauf qu’eux aussi bénéficient du numérique pour leurs créations (home studio,…), c’est pour les marchands que tout à changé. Il n’ont pas pris le virage et aujourd’hui se voient perdus. Les artistes subissent bien sûr, mais pourtant leur public est encore là, c’est juste que ceux qui sont censé les distribuer et amener la musique jusqu’aux utilisateurs ont fait l’autruche trop longtemps. Mais il n’est pas trop tard !

L’interopérabilité et l’aide au développement de plate formes légales sont deux des revendications de la FEPPIA avec lesquelles je suis d’accord. Pour d’autres, ne rêvons pas, le CD comme le vinyl restera dans le cœur des passionnés comme un objet sacré, mais pour la grande majorité des consommateurs de musique, ce n’est malheureusement plus le cas.

Il faudrait je pense quelque chose comme une légalisation de la musique. Que la loi encadre au delà de la gestion des droits d’auteur, la liberté de diffusion et d’accès aux biens culturels numériques.

J’entend par là que les diffuseurs devront proposé l’ensemble d’un catalogue ‘universel’ et que la diffusion au travers de ces sites soit un droit des artistes. Ainsi pas d’exclusivité pour un réseau ou un autre, un standard ou un autre, les artistes sont là disponible sur toutes les plateformes.

Je ne crois pas que les utilisateurs soit tous foncièrement des pirates. Dans la vie quotidienne il n’est pas si compliqué de trouver du matériel ‘tombé du camion’, pourtant les gens continu à acheter majoritairement dans les magasin… trop peut-être.

Pour finir, je pense que le spectacle vivant a encore de beau jour devant lui. Pour ce qui est de sa forme numérique, il sera le passage obligé pour la diffusion dans les prochaines années, parce que les moyens d’écoute vont se multipliés, se miniaturiser, et le CD n’a pas cette propension.


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